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Histoire et Origine des Pierres Précieuses : Le Diamant

Au commencement, il y a le diamant. Née des profondeurs de la terre où elle se forme dans des conditions de hautes pressions et hautes températures, cette gemme composée de carbone pur cristallisé a depuis les temps anciens su captiver les hommes.

Quelle est l’histoire et l’origine de cette pierre précieuse ? Trésors D’Avant vous propose de découvrir le récit de ce célèbre trésor de la nature.

Le diamant nommé Adamas en grec ancien, « l’indomptable », est connu depuis le IIIe millénaire avant J.C. S’il faut attendre l’écriture de La Théogonie d’Hésiode au VIIIe siècle avant J.C pour voir la première occurrence du mot « diamant » utilisé pour désigner un métal excessivement solide.

Les caractéristiques et propriétés relatives à la gemme sont ensuite développées par le philosophe grec Théophraste et par Pline l’Ancien. Dans son Histoire Naturelle (Tome II -Livre 37-Chapitre XV), l’auteur romain décrit le diamant comme le minéral le plus dur. Il présente en effet une résistance à l’abrasion 140 fois plus forte que le rubis ou le saphir et se positionne tout en haut de l’échelle de dureté relative des pierres (niveau 10) inventée par Friedrich Mohs (1773-1839) en 1812. Il est toutefois possible de le rayer avec un autre diamant.

Histoires et Origines des Pierres Précieuses _ le Diamant

Figure 1 : Représentation de vingt des plus beaux diamants, choisis entre tous ceux que le St Tavernier a vendu au roy, à son dernier retour des Indes, qui a été le 6 décembre 1668 Les Six voyages de M. Jean-Baptiste Tavernier… en Turquie, en Perse et aux Indes, Paris, P. Ribou, 1713.

Que ce soit dans Le livre des Merveilles de Marco Polo en 1298 ou dans l’évocation de la vallée des diamants dans l’histoire de Sinbad le marin, issue des célèbres contes Les Mille et Une Nuits, les récits sont nombreux à nommer l’Inde comme terre d’origine des diamants.

L’ouverture de liaisons maritimes au XVe siècle et la mise en place de routes commerciales au XVIIe siècle entre l’Orient et l’Occident favorisent l’arrivée du diamant en Europe. Jean-Baptiste Tavernier (1605-1689), marchand et négociant en pierres précieuses voyage jusqu’aux confins de la région d’Hyderabad.

Là, il rencontre les souverains moghols et visite sur le plateau basaltique de Deccan les mines de Golconde connues pour leurs gisements diamantifères. Tavernier ramène alors au cardinal Mazarin, puis au jeune Roi Soleil en 1668, les plus beaux spécimens existants (Fig.1).

Parmi les 1000 gemmes fabuleuses achetées par Louis XIV se distingue le bleu de France. Un diamant de 115.4 carats dont la couleur céleste est l’évocation même de la monarchie. Retaillé par le joaillier de la cour Jean Pittan en 1672, ce diamant devient la pierre du règne du souverain.

Intégrée à la collection des Joyaux de la Couronne, la gemme est toutefois volée en 1792 au garde-meuble national avant de réapparaître sur le marché britannique en 1812. À nouveau retaillé et ne faisant plus que 44.52 carats, le diamant est acquis en 1839 par le banquier Henry-Philip Hope qui lui donne son nom, un nom qui contrairement à ce que l’on pourrait penser porta malheur aux différents propriétaires de la pierre aujourd’hui conservée au Smithsonian Institute de Washington (Fig.2).

Histoires et Origines des Pierres Précieuses _ le Diamant

Figure 2 : Le célèbre diamant Hope, 45.52 carats, Washington, Smithsonian Institute.

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Figure 3 : Le diamant Banjarmasin. Avant 1835, Bornéo, 40 carats, diamant appartenant au Sultan de Banjarmasin en 1836, pris par les Néerlandais en 1859, Amsterdam, Rijksmuseum, N°Inv. NG-C-2000-3.

Si des mines indiennes sortent de beaux et célèbres diamants comme l’Ashoka (40.45 cts) ou encore le Dresden Green (40.70 cts), l’Indonésie a également su s’imposer comme gisement historique de diamants. Exploitées grâce à l’intermédiaire de la Compagnie des Indes Orientales, les mines de l’île de Bornéo sous contrôle hollandais au XVIIe siècle ont vu émerger de leurs entrailles de jolis spécimens. (Fig.3).

L’Inde garde toutefois sa préséance sur le commerce de diamants jusqu’au XVIIIe siècle mais la découverte de gisements inédits au Brésil en 1718 dans la région de Minas Gerais redistribue les cartes. L’exploitation des mines de la région de Bahia au XIXe siècle permet au Brésil de continuer à inonder le marché européen mais c’est sans compter sur l’arrivée d’un nouveau producteur : l’Afrique du Sud.

Tout commence avec la découverte en 1867 d’un premier diamant.

À cette pierre brute nommée Eureka de 21.25 carats de couleur « brownish yellow » trouvée sur les rives de la rivière Orange s’ajoute deux ans plus tard, en 1869, L’Étoile du Sud, un diamant brut de 83.5 carats aujourd’hui visible au muséum d’histoire naturelle de Londres.

Ces trouvailles marquent les débuts de la ruée de nombreux exploitants vers l’Afrique du Sud. Parmi eux, le britannique Cecil Rhodes (1853-1902) fondateur en 1888 de la compagnie diamantaire De Beers.

À la tête d’un véritable empire, Cecil Rhodes obtient le monopole de la production de diamants en Afrique du Sud. C’est dans cette région du monde que naîtront les plus gros diamants comme le Cullinan.

Découvert en 1905 dans la mine Premier, à proximité de Pretoria, cet imposant brut de 3106 carats est l’un des plus gros diamants jamais trouvé jusqu’alors. Nommée selon le propriétaire de la mine Sir Thomas Cullinan et offerte au souverain Édouard VII, la pierre est fragmentée en 105 gemmes par le roi du diamant, Joseph Asscher (1871-1937) en 1908 (Fig.4). De cette retaille apparaîtront deux beaux spécimens dont le Cullinan I (530.20 cts) ornant le sceptre royal d’Angleterre et le Cullinan II (317.4 cts) surmontant la couronne britannique.

Si l’Afrique du Sud a gardé ses privilèges dans la production de diamants jusque dans les années 1970, le marché compte aujourd’hui de nouveaux acteurs avec à leur tête, la Russie (Compagnie minière Alrosa) suivi par l’Australie, le Congo et le Botswana qui en avril 2019 a vu la découverte dans la mine Karowe du diamant Sewelo (1758 cts), le deuxième plus gros brut du monde.

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Figure 4 : Le diamant brut Le Cullinan, 3106 carats – M. Joseph Asscher utilisant le marteau pour la première opération de fragmentation du diamant, photographies issues de The Cullinan, Joseph Asscher & Cie, 1908.

Bien qu’on a tendance à les apprécier le plus blanc et pur possible, les diamants ne sont pas forcément tous incolores.

Comme pour d’autres gemmes, l’arc en ciel s’invite au sein de cette précieuse pierre donnant ainsi lieu à des diamants rares et très prisés. Si ces gemmes colorées sont déjà mentionnées dans certains textes de la Renaissance, Jean-Baptiste Tavernier dans un de ses récits de voyage fait état d’un diamant brun jaune de 137.27 carats connu sous le nom de Florentin (137.20cts).

Aujourd’hui les diamants jaunes dits Fancy Yellow restent les plus populaires.

Les roses dont on connaît également quelques exemples historiques comme le diamant Condé ou l’Hortensia (21.32 cts) sont de nos jours la particularité des mines d’Argyle en Australie tandis que les rouges comme le diamant Moussaieff (5.11 cts) restent les plus recherchés.

Devenu rapidement l’apanage des rois, le diamant est de tous temps et dans toutes cultures porteur d’une forte symbolique et de croyances diverses.

Reconnu comme pierre de vérité, de force et de sagesse dans l’Antiquité occidentale, il incarne le pouvoir et la puissance des souverains de l’Ancien Régime. Tout d’abord prisé par les hommes, il est interdit, par ordonnance du roi Saint Louis en 1270, à la gent féminine de le porter.

La pierre devient pourtant au bas Moyen-âge (XIVe-XVe siècles) un symbole d’amour et d’engagement. Porté pour la toute première fois en bague de fiançailles par Marie de Bourgogne en 1477, le diamant continue d’être depuis un emblème du lien éternel entre deux êtres. Après tout, « a diamond is forever »1 !

Pour aller plus loin

 

  • Le fabuleux destin des diamants de Tavernier, du grand Moghol au Roi-Soleil, catalogue d’exposition sous la direction de GLORIEUX Guillaume, Paris, École des Arts Joailliers, 2018.
  • LEGRAND Jacques, Le Diamant : mythe, magie et réalité, Paris, Flammarion, 2008.
  • FARGES François et PIANTANIDA Thierry, Le diamant bleu, Paris, Michel Lafon, 2010.

1 Slogan publicitaire développé par Frances Gerety pour la Compagnie diamantaire De Beers en 1947 pour promouvoir les ventes de diamants qui avaient chuté pendant la Grande Dépression.

Article rédigé par C.

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